Aux sources du Monachisme palestinien

Du 11 au 17 mars la communauté vit son temps de retraite. C’est le Pasteur Daniel Attinger de la fraternité de Bose à Jérusalem qui nous mène à la découverte des sources du monachisme palestinien.

Du 11 au 17 mars la communauté vit son temps de retraite. C’est le Pasteur Daniel Attinger de la fraternité de Bose à Jérusalem qui nous mène à la découverte des sources du monachisme palestinien.

Quelques figures nous sont devenues familières et vivantes au cours de cette semaine.

Chariton venu de Turquie et s’installant très vite dans une grotte près de Anatot dans le Wadi Pharan, initiateur des Laures, cette forme spécifique du monachisme palestinien, les moines vivant en ermite dans les grottes le long du Wadi et menant la vie commune les samedis et dimanches.

Les disciples affluent. Chariton établit un autre monastère à Douka face à Jéricho à mi pente du Mont de la Quarantaine. Quelques moines y vivent encore aujourd’hui et un autre à Souka non loin de l’Hérodium

Que recommande-t-il à ses moines ? « Conservez ferme et inébranlable la Foi en Dieu. Poursuivez la paix et la béatitude qui lui est associée. Lavez les pieds des saints qui viennent vous visiter. »

Nous avons eu la grande chance d’aller en pèlerinage à cet ermitage avec Yisca, amie israélienne, connaissant parfaitement les coins et recoins du désert de Juda.

Quelques décennies plus tard c’est Saint Sabbas qui arrive de Cappadoce au Mont Sion en 456 et se rend près d’Euthyme dans le désert de Judée. Celui-ci le juge trop jeune pour mener la vie érémitique et l’envoie au cénobium de Théoctiste. Très vite Sabbas surpasse en vertu les autres moines et cherche dans le désert un lieu pour s’y cacher découvert par une vision. Les disciples augmentent rapidement, le patriarche de Jérusalem l’ordonnera prêtre et le confirmera dans la charge d’higoumène.

Avec Saint Théodose, fondateur d’un monastère de cénobites ils auront une grande influence au cours des querelles doctrinales du Concile de Chalcédoine divisant l’Église du Moyen Orient. La pétition des moines à l’empereur est toujours d’actualité.
« Si c’est au nom de la Foi qu’on suscite tous ces troubles contre la Sainte Cité de Dieu, Jérusalem, où les habitants touchent de leurs mains la vérité chaque jour par le moyen des lieux vénérables où s’est accompli le mystère de l’Incarnation, comment nous les hiérosolymitains après 500 ans et plus que le Christ nous a visités, apprenons-nous la Foi ? »


Moines au désert mais soucieux de garder la Foi et de soutenir le clergé de l’Église locale, quel appel pour les moines d’aujourd’hui. La laure de Saint Sabbas est la seule qui n’a cessé d’être habitée par les moines jusqu’à ce jour.

Un siècle plus tard, Saint Georges de Kosiba vient de Chypre : il a 18 ans et s’est enfui de sa famille pour éviter le mariage ; il retrouve son frère moine qui le mène au monastère de la Mère de Dieu dans le Wadi Kelt. Par sa douceur et son humanité auprès des autres moines il se fait aimer et trouve grâce lors de l’invasion des Perses… Alors que ceux-ci massacraient les moines, émus de pitié devant la douceur de Georges, ils lui ont remis une outre d’eau, le laissant gagner la ville de Jérusalem.

A la fin des troubles, Georges redeviendra moine au monastère qui prendra son nom, et qui existe encore aujourd’hui. C’est le seul lieu orthodoxe où l’on accueille les femmes à l’intérieur à la suite d’un miracle de guérison d’une femme ayant passé la nuit dans la sacristie.

On ne peut qu’évoquer les reclus de Gaza, Barsanuphe et Jean, qui nous ont légué toute leur correspondance, joyau du charisme de paternité spirituelle tout imprégnée de miséricordieuse tendresse et d’humanité en même temps que d’exigence pour éduquer à la liberté intérieure.

Dorothée de Gaza est célèbre par ses Enseignements spirituels qui nourrissent encore les générations de moines aujourd’hui alors que les monastères ont disparu peu après 634.

Mais il n’y a pas que des moines à l’origine sur ce Mont des Oliviers. Nous sommes aussi héritières de belles figures féminines. Mélanie l’Ancienne, noble romaine arrivant en Terre Sainte après un séjour en Égypte, fonde un monastère au Mont des Oliviers. Sa réputation est telle qu’elle accueillera ou conseillera Rufin, Évagre le Pontique, Pallade orientant ces derniers vers le désert égyptien. Sa petite fille Mélanie la Jeune fonde elle aussi deux monastères au Mont des Oliviers afin que la louange soit ininterrompue au Lieu où Jésus enseigna la prière. Près de la crèche à Bethléem, les moniales Paula et Eustochium travailleront avec Saint Jérôme à scruter et traduire la Bible.

Et enfin les ermites Sainte Marie l’Égyptienne encore vénérée en ce jour par les orthodoxes le 5e dimanche de Carême et Sainte Pélagie vivant en recluse près du lieu de l’Ascension, qui après une vie de débauche, se convertissent et parviennent à la sainteté par leur ascèse et leur pénitence.
Précédées d’une telle nuée de témoins nous avançons en suivant leur trace avec persévérance pour tacher de trouver le Christ et nous laisser transfigurer par Lui.